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C'est une intro pas très audible à volume sonore moyen que D-Fe distille. Tu montes un peu le son pour te rendre compte que dès cette piste d'une minute, le groupe commence son travail revendicatif. Et paf, c'est au tour de "Kemite" de te sauter à la gorge ! D-Fe n'aura pas mis longtemps à poser les jalons : rythmes tribaux et syncopés, guitares denses et agressives mais aussi instants "fusionnels" donnés par les samples et quelques passages posés en guise d'intermèdes. On sait que le groupe mixe allègrement les cultures dans son univers visuel et dans l'écriture des compos, aussi, il en est de même pour le chant qu'il emploie. Rappé, hurlé ou plus (rarement) mélodieux, il est exécuté en diverses langues : ka, français, douala ou créole et prend parfois des allures incantatoires. "Muziki" n'est autre qu'une version de "Toute la musique que j'aime" (ah que Johnny Hallyday, le franco-belgo-helvétique de la Brinks) revue et corrigée, métamorphosée en un brûlot contestataire dont la démarche avoisine celle de "The star spangled banner" (Jimi Hendrix). Le groupe n'hésite pas non plus de dénoncer les exactions entre peuples africains ("M'appelle pas frère") ou les manigances des diasporas de ce même continent ("Kriminèl").
Si D-Fe défouraille sévère ("Dézod'"), entreprend des structures échevelées, brouille les pistes, ne cesse de chercher l'explosion durant neuf titres en une demie-heure, le dernier titre ("Lévé") en est tout autrement. Partie de plaisir très sage, "Lévé" se lie de musique traditionnelle et plutôt acoustique (flûte, derbouka, guitares aériennes) et s'étire paisiblement sur quinze minutes. Ceci sans oublier le chant, parfois proche de spoken words, témoigne aussi de la capacité qu'a D-Fe de faire preuve de mansuétude envers nos tympans.
Le groupe, représentant du zwinx métal, s'intercale entre System Of A Down, porte-parole de la cause arménienne et Sepultura, adepte depuis belle lurette de la jonction entre métal et rythmiques tribales. Les D-Fe ont donc sorti un album haut en couleurs, recelant d'intentions tout ce qu'il y a de plus louables, servies sur une musique abrupte et compacte. Et dire que le prochain disque s'annonce "plus extrême" que celui-là !